LES BIJOUX.
Pièce de théâtre en trois actes écrite par Frère Antoine


La scène se passe au flanc d'une colline rocheuse.

 

Deux hommes arrivent en même temps, chargés de sacs à dos, venant de droite et de gauche et se retrouvent nez à nez.

le théatre représente une grotte spacieuse, précédée d'une terrasse où va se dérouler le sketch.

Les personnages sont ;

Un monsieur : Constantin

Un jeune homme : Ravi

Une dame de quarante cinq ans

Un lapin.


ACTE PREMIER


Au lever de rideau, Constantin et Ravi arrivent en même temps, venant chacun d'un côté opposé et jettent en même
temps leurs bagages au sol.

Constantin porte un sac à dos, un fusil de chasse, une broche à rôtir. Il déballe un litre de rouge, un saucisson géant
et pose sur un caillou le transistor qui joue un air d'accordéon.

Ravi porte une guitare, un sac " Vie Claire "  et déballe une botte de carottes crues, des oranges, un ou deux livres et un zafou.

                                                  Ils posent ensemble leurs bagages.


CONSTANTIN -  Ouf !

RAVI -  Aum !

CONSTANTIN ( fermant son transistor ) -  Bonjour jeune homme... vous venez ici avec l'intention de vous y installer ?

RAVI -  Et vous aussi à ce que je vois ?

CONSTANTIN -  Comme de juste, mais je vais aller ailleurs.

RAVI -  Non, non, je ne veux pas vous déranger... je vais moi aller ailleurs.

CONSTANTIN -  Je connais les lieux, il n'y a pas un abri à moins de cinq kilomètres.
Personnellement, je voulais passer le week-end et je n'ai rien contre la compagnie.

RAVI -  Moi non plus, mais j'aimerai quand même avoir une solitude sinon absolue, du moins relative.

CONSTANTIN -  Moi aussi, j'aime la compagnie. Je préfère l'avoir moins absolue et plutôt relative.

RAVI -  Si on construisait un mur entre nous deux, au milieu de la grotte, avec tous ces cailloux.
Il y en a plein ; ça nous fera un peu d'exercice.

CONSTANTIN -  C'est une bonne idée. On aura ainsi un chez-soi sinon absolu, au moins relatif.

RAVI -  J'aurai une méditation sinon absolue au moins relative.

CONSTANTIN -  Si je m'ennuie, j'aurai un ennui moins absolu et plus relatif.

                                                         LE RIDEAU TOMBE .



ACTE  DEUX



La grotte est séparée en deux par un mur sommaire de cailloux qui s'avance en dehors
de façon à ce que les deux acteurs ne se voient pas, même devant la grotte.

Chacun de leur côté, les deux acteurs sont assis. Du côté de Ravi, un lapin grignote une carotte. Constantin déjeune de son
saucisson. Il baisse le transistor qui joue fort.


CONSTANTIN -  La musique ne vous dérange pas trop ?

RAVI  ( en position de lotus ) -  Non, non... pour une méditation relative, ça peut aller.

CONSTANTIN -  J'ai été faire un tour. Je n'ai pas trouvé un lapin. Il n'y a aucun gibier dans cette colline...

RAVI ( en parlant au lapin ) -  Ne fais pas le mariole, ne bouge pas d'ici.

CONSTANTIN -  Qu'est-ce que vous dites ?

RAVI -  Je dis qu'il n'y a pas une bestiole dans cette contrée-ci.

UNE VOIX DE FEMME -  A l'aide ! ... au secours ! ... au secours ! ... Au voleur ! Vite ! ...
               ( Une dame descend en dégringolant, toute essoufflée et gesticulant du côté de Constantin. )

LA DAME -  A l'aide !... Au secours ah, monsieur !... ce qui m'arrive... Je me promenais dans la colline et voilà que des voyous
m'ont assaillie, m'ont décroché mon sac à main, emportant tous mes bijoux.
               Constantin se lève, se campe, empoigne son fusil, y met une cartouche.

CONSTANTIN -  Par où, madame ?

LA DAME -  Par là...

                 Constantin disparaît en courant. La dame s'écroule, se relève, s'agite, sursaute, se rassied, se releve, tâte son coeur qui bat.

                  Ravi, pendant ce temps a pris sa guitare avec des gestes lents et harmonieux qui contrastent avec ceux de la dame.

                   ( Bien souligner le contraste entre les deux acteurs ).

                   Ravi s'accompagne de la guitare et chante :

N'attrape indigestion que qui s'est trop goinfré,
n'est victime de vol que qui est attaché,
ne peut perdre la vie que qui n'est pas défunt,
ne peut être vexé que qui se croit quelqu'un.

Personne absolument ne peut être déçu,
que qui mise sur quoi faut pas compter dessus.
Pour avoir en tout temps une joie brevetée,
mets ton bonheur en ce qui est à ta portée.

Nul ne peut tomber dans la peine ou l'affliction,
qui ne se soit laissé bercer par l'illusion,
s'il germe dans ton coeur le plus menu chagrin,
personne autre que toi n'en a semé le grain.

Cela qui est mordable seul peut être mordu,
cela qui est perdable seul peut être perdu.
Et plus vite tu perds ce qui est périssable
et plus vite ta tête émergera du sable.

Sors du sable ton bec, petite soeur autruche,
et au cas où ta tête heurterait une cruche,
si ça sonne le creux n'en croit pas pour autant
que c'est la cruche qui est vide forcément.

Ce que tu as perdu n'est pas bien regrettable,
car tout ce qui se perd n'est pas vraiment valable,
si t'avais mis dedans bien trop d'éternité,
dis donc y'en a encore beaucoup plus à côté.

                     Ravi, entre chaque couplet fais de grands gestes harmonieux comme le Ravi de la pastorale et manifeste
beaucoup de joie, à l'inverse de la dame prostrée de l'autre côté du mur.

                     La dame écoute, joint les mains, alterne ses états d'agitation et de réflexion ; se lève, se rassied, prête l'oreille,
se décontracte un instant, redevient nerveuse, et cela tout le temps que chante Ravi.

                       On entend un coup de fusil au loin.

UNE VOIX -  Allez, rendez-moi ça, bande de salopard !

                          La dame s'agite de nouveau. Son visage passe de la grimace à la satisfaction. Elle se dirige du côté par où est partit Constantin.
Constantin dégringole presque sur le dos de la dame. Il est éssoufflé. Il tient au pouce le sac à main, mais il n'a pas son fusil.

LA DAME -  Ah, merci !

                            Ravi parle à son lapin.

CONSTANTIN -  Oui, il s'en fallait de peu.

LA DAME -  Comment vous remercier ? Acceptez quelque chose...

CONSTANTIN -  Jamais de la vie.

LA DAME -  Un billet...

CONSTANTIN -  Ce serait répugnant.

LA DAME -  Vous avez risqué votre vie.

CONSTANTIN -  Justement...aucune récompense ne peut être mise en balance avec le risque de la vie...

LA DAME ( à part ; quel honnête homme ! ) -  Monsieur, je suis heureuse et si vous ne voulez rien accepter, ma joie ne sera pas totale.

CONSTANTIN ( à part ; qu'elle prenne de l'Esso ! ) -  Madame, vous m'avez déjà donné quelque chose...

LA DAME -  Mais non...que voulez-vous dire ?

CONSTANTIN -  des émotions...et précisément là où je n'étais pas venu les chercher.

LA DAME -  J'aurais tant aimé vous faire un petit plaisir.

CONSTANTIN -  Le plaisir ? C'eût été de courrir après un lapin...je déteste le gibier de potence.

LA DAME -  Mes bijoux valent bien plus qu'un lapin et...

CONSTANTIN -  Voulez-vous un coup de rouge ?

LA DAME -  Non merci... vous ne voulez donc rien recevoir pour votre geste ?

CONSTANTIN -  Votre geste me suffit... un geste généreux pour un généreux geste... nous sommes quittes.

                       Constantin s'assoit, boit un verre. La dame sort.


ACTE TROIS


                         Ravi est seul sur la scène, caresse son lapin et lui parle.

RAVI -  Allons...tu l'as échappé belle... ne va pas traîner par là. Fais attention en t'en retournant, baisse les oreilles... ( Il lui fait une bise ).

UNE VOIX AU LOIN -  A l'aide ! au secours !... au voleur !... ( La dame apparaît agitée autant que la première fois, poussant
les mêmes cris, faisant partir le lapin. Mais cette fois, elle apparaît du côté de Ravi. Ravi la dévisage calmement ).

LA DAME -  Où est le monsieur qui tout à l'heure m'a rendu un si grand service ? Ah ah, les loubards ont trouvé son fusil qu'il avait oublié sur le rocher...ils m'ont attaqué de nouveau...ils m'ont violenté et m'ont arraché mon sac à main avec tous mes bijoux...500 000 euros de bijoux !

RAVI -  Combien ?

LA DAME -  Ah mon Dieu, 500 000 euros de bijoux !

RAVI -  Depuis combien de temps avez-vous ces bijoux ?

LA DAME ( s'effondrant ) -  Depuis mon mariage, depuis 25 ans.

RAVI ( très calme ) -  Vous transportez ces bijoux avec vous depuis 25 ans dans ce petit sac ?

LA DAME -  Ah ! Que faire ? Où est le monsieur qui tout à l'heure...

RAVI -  ...vous a rendu un si grand service ?

LA DAME -  Oui !

RAVI -  Le monsieur ne vous a pas rendu un si grand service ?

LA DAME -  Ah, que dites-vous là ? Il m'a remis en possession de mes bijoux une fois !

RAVI -  Oui, mais c'était provisoire. Ne vous en rendez-vous pas compte maintenant ?

LA DAME -  Pouvez-vous faire quelque chose ?

RAVI -  Oui, si vous voulez, mieux ! Du définitif !

LA DAME -  Ah, monsieur, faites vite, il n'y a pas un instant à perdre.

RAVI -  Non, ce serait en effet beaucoup trop de perte pour un même jour !

LA DAME -  N'ironisez pas ! Allez...je vous récompenserai.

RAVI -  N'avez-vous pas perdu autre chose, Madame ?

LA DAME -  Non, mais 500 000 euros de bijoux....n'est-ce pas assez perdu ?

RAVI -  Je vous dit, moi, que vous avez perdu autre chose...

LA DAME -  Mon Dieu, quoi ?

RAVI -  Votre calme, votre paix, votre joie...

LA DAME -  Et si vous me retrouvez mes bijoux, je retrouverai calme, paix, joie ! Mais vous ne faites rien sinon bavarder,
vous ne bougez pas et je perds mon temps !

RAVI -  Ne vous énervez pas...je vais vous rendre tous vos bijoux, et même les vrais à la place des faux...

LA DAME -  Ne me dites pas de bêtises, mes bijoux n'étaient pas faux ! Je les ai fait expertiser 50 fois ! Ah, si vous n'aviez pas l'air si ingénu, je croirais volontier que vous faites partie de la bande qui ma dévalisé !

RAVI - C'est que... j'ai peut-être été envoyé pour vous prendre vos faux bijoux...et vous donner les vrais !

LA DAME -  Je vous dis que mes bijoux sont bien vrais !

RAVI -  Mais, n'étant plus vôtre, à quoi sert-il qu'ils soient vrais ?
                            ( La dame se lève et fait des gestes d'impatience. )

RAVI -  Restez assise...je vais vous rendre tous les bijoux que vous avez perdu depuis 25 ans...

LA DAME  ( exaspérée ) - Mais je ne les ai perdu que depuis dix minutes !

RAVI -  Vous avez vécu 25 ans sans eux, puis 25 ans avec eux, puis un quart d'heure sans eux, puis dix minutes avec eux,
et enfin depuis dix minutes encore sans eux...

LA DAME -  Ah, ça ! Adieu monsieur !

RAVI -  Ne partez pas encore, je vous ai promis quelque chose, détendez-vous...étendez les mains...ouvrez les bien grandes...

LA DAME ( à part ) -  C'est peut-être un mage ?
                          ( La dame reste là, fatiguée, mais ne peux ouvrir les mains. Ravi tape dessus à plat pour les obliger à rester ouvertes ).

LA DAME -  Vous faites mal...

RAVI -  Pas autant que la résistance qui vous les tient fermées !

LA DAME -  Vous êtes une espèce de magicien ?

RAVI-  Ouvrez...Lâchez... Relâchez...

LA DAME -  Lâcher quoi ?

RAVI -  Le tourment de vos bijoux...
                        La dame grimace.

RAVI -  Avant votre mariage, vous étiez jolie...Votre entrée en possession de bijoux vous a fait grimacer... Grimaces sur grimaces... Les bijoux vous ont enlaidie, vous ont rendu préoccupée, possessive, soucieuse, nerveuse, méfiante, grincheuse, inquiéte, constipée, cardiaque, de plus vos bijoux sont cancérigènes !

                                    La dame tombe évanouie.
                                    Ravi prend la tête de la dame entre ses mains.

RAVI -  Allons madame, réveillez-vous, vos bijoux sont là...

LA DAME ( en sursautant ) -  Hein ? Ils sont là ?

RAVI -  Oui, Madame, tous vos bijoux sont là. En vous. Inoxydables, inaliénables, impérissables. Ils s'appellent : Sérénité...
Paix...Plénitude d'être...Joie de vivre...Insouciance...Les autres étaient tous faux : lourds, périssables, creux, vides...voyez-les ainsi, parfaitement dignes de ceux qui se les ont apropriés ! Etes-vous une voleuse ?

LA DAME -  Mais non, grand Dieu !

RAVI -  Alors, laissez aux voleurs les choses volables.

LA DAME -  Je suis en train de me laisser complètement jouer.

RAVI -  Pas du tout, Madame, ce sont vos bijoux qui se jouaient de vous et qui faisaient de vous leur jouet, mais nous déjouons leur jeu.

LA DAME -  Et voudriez-vous que je n'en jouisse plus ?

RAVI -  Certes, car alors votre jouissance de vie serait moins conditionnée.

LA DAME -  Vous avez peut-être raison... ( Elle se lève brusquement ). Mais vous en avez du culot !

RAVI -  Allons, Madame, un petit allègrement ! Je ne vous ai pas engrossé, mais dégraissé plutôt !

LA DAME -  Insolence et mystification.

RAVI -  Je ne suis pas insolent mais ingénu. C'est la plus grande force au monde. Vous étiez obèse, retrouvez votre ligne.
Madame, il y a deux sortes d'handicapés dans ce monde : ceux qui ont des membres en moins et ceux qui ont des membres en trop. Vous étiez de ces derniers et j'ai essayé de vous faire l'ablation d'un corps étranger. Les voleurs n'étant rien moins que le bistouri.

LA DAME -  J'ai bien écouté votre chanson et j'ai compris quelque chose. Mais Monsieur, vous vous méprenez... je ne suis
pas attachée à mes bijoux. Je les garde à cause de ma mère de qui je les tiens et pour cadeau de mariage à ma fille.
Les deux seraient désappointés de ce qui m'arrive et encore plus de mon désintérressement.

RAVI -  Oh, ce n'est pas là une marque d'affection pour votre mère ou votre fille; Mais c'est un attachement funeste à leurs opinions fausses.

LA DAME -  Attendez... Attachement funeste à leurs opinions fausses...laissez-moi réfléchir.
C'est trop fort pour moi. Je ne suis pas une intellectuelle. Ce n'est pas le moment de philosopher. De toutes façons, si je ne dois plus les retrouver, c'est sagesse de les oublier, de s'y résigner.

RAVI -  Abominable résignation. Catastrophe de les oublier. Il faut au contraire, y penser fortement. Si vous les fuyez,
ils vous rattraperont. Il faut les ingurgiter comme une nourriture. Ils étaient partie intégrante de vous-même.
Ne les vomissez pas comme ça. Ne les fuyez pas mais classez-les tout bonnement parmi les choses de vous qui passent, qui passent à travers vous sans jamais devenir vous-même, comme la plupart des aliments qui doit être rejeté loin de vos narines. La fuite ne résoudrait rien.

LA DAME -  La fuite ne résout rien.

RAVI -  Pensez fortement à vos bijoux selon leur vraie nature qui est de causer des plaisirs éphémères, très éphémères,
des soucis, des tracas, des jalousies, des conflits, des constipations, des attentats.

LA DAME -  Mais cela arrache quelque chose de soi.

RAVI -  Comme une opération d'abcès.

LA DAME -  Bon, si vous me rechantiez la chanson de tout à l'heure ?


N'attrape indigestion que qui s'est trop goinfré,
n'est victime de vol que qui est attaché,
ne peut perdre la vie que qui n'est pas défunt,
ne peut être vexé que qui se croit quelqu'un.

Personne absolument ne peut être déçu,
que qui mise sur quoi faut pas compter dessus.
Pour avoir en tout temps une joie brevetée,
mets ton bonheur en ce qui est à ta portée.

Nul ne peut tomber dans la peine ou l'affliction,
qui ne se soit laissé bercer par l'illusion,
s'il germe dans ton coeur le plus menu chagrin,
personne autre que toi n'en a semé le grain.

Cela qui est mordable seul peut être mordu,
cela qui est perdable seul peut être perdu.
Et plus vite tu perds ce qui est périssable
et plus vite ta tête émergera du sable.

Sors du sable ton bec, petite soeur autruche,
et au cas où ta tête heurterait une cruche,
si ça sonne le creux n'en croit pas pour autant
que c'est la cruche qui est vide forcément.

Ce que tu as perdu n'est pas bien regrettable,
car tout ce qui se perd n'est pas vraiment valable,
si t'avais mis dedans bien trop d'éternité,
dis donc y'en a encore beaucoup plus à côté.



DERNIER ACTE


                               Constantin entre tout éssoufflé.


CONSTANTIN -  Ouf !....ça y est... j'ai retrouvé mon flingot. J'ai attrapé un lapin et récupéré une fois de plus le sac à main de la dame... Mais, cette fois, si elle m'offre quelque chose, j'accepte volontiers....après tout le mal et les émotions, je me payerai un fusil à deux coups.
                            Il s'approche du mur et s'adresse à Ravi.

CONSTANTIN -  Jeune homme...vous n'avez pas vu une dame commotionnée ?

LA DAME -  Je suis là !

CONSTANTIN -  Ah ! Par exemple, voilà encore une fois vos bijoux retrouvés. Vous êtes vraiment une vedette à suspens
et sur un théatre inattendu, car on est venu là pour fuir toute émotion...

RAVI -  Tout cela est fort utile pour digérer les aliments lourds.

CONSTANTIN ( tendant royalement le sac à main de la dame ) -  Voilà, Madame, votre bien.
Les gamins ont reçu de votre part, par mon soulier, un coup de pied aux fesses.

                         La dame prend le sac et le jette avec grâce aux pieds de Ravi.

CONSTANTIN -  Vous les donnez à lui ?

LA DAME -  Oui...

CONSTANTIN ( à part )-( Il a fait une touche gigologique ! ) -  Qu'allez-vous faire de tout ça ?

RAVI -  M'acheter une guitare à deux coups pour chanter la futilité des choses volables.

LA DAME ( tournée vers Ravi ) -  Monsieur....

RAVI -  Ravi !

LA DAME -  Monsieur Ravi, je suis perplexe.

RAVI - Oui, Ravi a deux sens...être content de rien et s'emparer de tout. S'il y a une contradiction, elle ne peut être que dans votre cervelle.

LA DAME ( tournée vers Constantin ) -  Je suis perplexe.

CONSTANTIN -  Et moi encore plus...je me suis fatigué deux fois pour vos bijoux et vous manifestez de la reconnaissance
pour mon collègue d'à coté qui n'a pas remué le petit orteil. Ce n'est pas que je suis jaloux...je n'y comprends rien (excité) ah ! ah! c'est plutôt marrant ; c'est très drôle !

RAVI -  Ne troublez pas la méditation de la dame. Elle est en train de récupérer ses vrais bijoux.

CONSTANTIN ( ironique ) -  Et vous...vous allez sans doute hériter des faux ? Vous êtes doué pour endormir les gens ;
les faire rêver et les dévaliser dans leur rêve.

LA DAME -  Vous m'avez fait comprendre, monsieur Ravi, combien il était pacifiant de se débarrasser du désir des bijoux,
beaucoup  plus que de se torturer pour les récupérer, mais, en même temps, je ne puis m'empêcher de penser que je suis la dinde de la farce et que je réalise la somptuosité de votre habileté.

CONSTANTIN -  Le pouvoir magique du boniment.

RAVI -  On ne peut être joué et dindonné que par soi-même et ses propres opinions. Si vous cogitez sur mes intentions et que cela vous chagrine, vous ne vous libèrerez point. Les bijoux sont encore moins faux que les opinions fausses.

LA DAME -  Je veux dire que je dois faire des efforts pour ne pas être chagrinée.

RAVI -  Ah ! Et qu'est-ce qui vous chagrine ?

LA DAME -  C'est que, prêchant le détachement...vous acceptez les bijoux.

CONSTANTIN -  Sans les partager...

RAVI -  C'est ça... vous les tenez en laisse et vous n'êtes pas encore convaincu de leur futilité.

LA DAME -  Tout aurait été bien plus simple si les bijoux étaient restés aux loubards...Maintenant qu'ils sont là...
                                   ( Constantin se lève et se penche sur le mur. Ravi ouvre le sac, le secoue. Il est vide...)

LA DAME -  Je vous quitte. Merci à tous les deux.

                           Elle sourit à Constantin et s'adresse à Ravi :

LA DAME -  Vous ....j'aimerai vous revoir. Vous êtes un être attachant.

RAVI -  Ce serait bien le pire... que vous vous attachiez à la clé qui a ouvert votre prison. C'est la même qui peut vous y enfermer.
La séparation est plus bénéfique.

RAVI ( Il lève les yeux au ciel ) -  La voilà qui arrive.

                                 Le rideau tombe doucement. Ravi passe devant le rideau.

RAVI -  Merci rideau.


Retour page d'accueil